Contexte : Le premier trimestre 2009 aux États-Unis
Le premier trimestre 2009 (janvier à mars) est une période charnière pour le secteur bancaire américain après l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008. Les banques étaient sous une pression extrême en raison :
Des pertes massives liées aux actifs toxiques (subprimes, produits financiers dérivés).
D’une crise de confiance généralisée dans le système bancaire.
De la récession économique qui s’installait, avec un chômage en hausse et une contraction du PIB.
Pourtant, comme vous le soulignez, de nombreuses banques ont affiché des résultats dans le vert dès le premier trimestre 2009. Comment expliquer ce paradoxe ?
Pourquoi les banques étaient-elles “dans le vert” ?
Les plans de sauvetage (TARP et autres)
En octobre 2008, le Troubled Asset Relief Program (TARP) a été lancé par le gouvernement américain, injectant 700 milliards de dollars (puis étendu à 787 milliards) pour stabiliser le système bancaire.
Au premier trimestre 2009, les banques ont commencé à bénéficier de ces liquidités, ce qui a permis de masquer temporairement leurs pertes et de restaurer une partie de leur capital.
Certaines banques ont même remboursé une partie des aides dès 2009, créant l’illusion d’une reprise.
La comptabilité créative et les reports de pertes
Les banques ont pu étaler leurs pertes sur plusieurs années grâce à des règles comptables permissives (comme les normes FASB 157 sur la valorisation des actifs).
Certaines ont réévalué leurs actifs toxiques à la hausse, améliorant artificiellement leurs bilans.
Les pertes sur les crédits immobiliers étaient souvent reportées ou cachées dans des structures offshore.
Les profits des activités non affectées par la crise
Certaines banques ont compensé leurs pertes avec des revenus provenant d’autres activités (gestion de fortune, activités internationales, etc.).
Par exemple, JPMorgan Chase et Goldman Sachs ont affiché des profits au T1 2009, en partie grâce à des trades spéculatifs ou des activités de marché moins touchées.
La spéculation sur les taux d’intérêt
Les banques ont profité des taux historiquement bas fixés par la Fed pour emprunter à moindre coût et spéculer sur les marchés, générant des profits rapides.
Est-ce de la “tromperie” ?
Oui, dans une large mesure. Voici pourquoi :
Un système truqué :
Les banques ont profité des aides publiques pour se renflouer, tout en continuant à verser des bonus élevés à leurs dirigeants. Par exemple, Bank of America et Citigroup ont reçu des milliards de dollars de fonds publics, mais leurs actions continuaient de chuter, révélant une solvabilité toujours fragile.
Un capitalisme “à deux vitesses” :
Les pertes ont été socialisées (via les contribuables), tandis que les profits sont restés privatisés. Les banques ont utilisé les fonds publics pour se recapitaliser, puis ont restitué les aides une fois rétablies, sans assumer pleinement leurs responsabilités dans la crise.
L’absence de réforme structurelle :
Peu de changements réglementaires majeurs ont été mis en place après 2009. Les banques ont continué à prendre des risques, ce qui a conduit à de nouvelles crises (comme celle de 2020 avec la pandémie).
Et aujourd’hui ?
Les banques américaines sont beaucoup plus capitalisées qu’en 2008, mais elles restent vulnérables aux crises (ex. : Silicon Valley Bank en 2023).
Les inégalités et les risques systémiques persistent. Les outils comme le stress test ont été renforcés, mais les banques restent des acteurs majeurs de la spéculation financière.
La dette des ménages et l’immobilier restent des bombes à retardement, comme en 2008.
lire ici : https://journal-la-mee.fr/recup_articles_pdf/Crise-les-banquiers-vont-bien-On-s_a1124.pdf

